5c- Ma télévision

[5c- Ma Télévision]

Chanson écrite en 1979 et chantée au cabaret de L’Écume à Paris en 1981.
Accompagné à la flûte traversière par Véronique Toux et au violoncelle par Christian Martinez

Ma télévision

Je lisais des romans j’écrivais des chansons
avant qu’elle ne vienne faire un tour dans ma maison
elle est entrée chez moi en m’disant Faut te rendre
à l’évidence que tu as besoin de moi
Chaque fois qu’je la regarde elle m’invite elle m’incite
à croire que le monde entier ne regarde qu’elle
elle a su me séduire elle a su m’endormir
finalement elle fait sa vie près de mon lit

La télé nous commande
de voir le monde à son image
telle est telle est telle est ma vision
telle est ma vision de ma télévision

Ma femme et moi dînons devant la télévision
on sait qu’on s’abrutit mais on n’peut s’en passer
attachés à ses chaînes que nous contemplons
nous sommes chez nous ses otages conciliants
Le dimanche autrefois nous bigottions à l’église
aujourd’hui devant la télé nous nous frappons le cœur
en écoutant émus les ragots de vingt heures
chaque soir nous communions avec le monde en crise

La télé nous commande
de voir le monde à son image
telle est telle est telle est ma vision
telle est ma vision de ma télévision

Pour mieux la digérer elle passe en différé
Couper couper monter image à supprimer
c’est notre métier de vous manipuler
veuillez nous excuser de la censure momentanée
Son traitement de choc est à coups de directs
elle lave nos cerveaux des soucis quotidiens
par l’écho des grand’s guerres les promesses pour demain
ça fait plaisir de voir qu’on n’est pas les plus malheureux

La télé nous commande
de voir le monde à son image
telle est telle est telle est ma vision
telle est ma vision de ma télévision

Derrière nos fenêtres closes et nos volets fermés
c’est la lucarne qui prolonge nos œillères
en nous faisant cinquante clins d’œil à la seconde
elle berce d’illusions nos têtes remplies de rêves
Parfois il m’arrive de m’endormir près d’elle
je m’abandonne alors à ses tours de malice magique
je n’ai plus rien à dire elle me ferme les yeux
sur le mensonge des hommes et le grand bluff électronique.

© Christian Girier  1979